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ECONOMIE

Quelles pistes pour valoriser les produits de la pêche?

Plats préparés, farines pour l’aquaculture, pharmacie ou cosmétique… Tour d’horizon des solutions pour augmenter la valeur ajoutée du secteur.

Quelles pistes pour valoriser les produits de la pêche?
Ariane Salem
Le 23 février 2015 à 10h57 | Modifié 23 février 2015 à 10h57

Au cours du Salon Halieutis qui s’est tenu à Agadir du 18 au 22 février, nous sommes allés à la rencontre des professionnels de l’industrie de transformation et de valorisation des produits de la pêche.

Alors que le plan Halieutis ambitionne de pratiquement tripler la valeur ajoutée de l’industrie de la pêche entre 2007 et 2020 (de 8,3 MMDH à 21 MMDH), les industriels nous ont dévoilé leurs ambitions de montée en gamme et expliqué les blocages qu’ils rencontraient dans l’augmentation de leurs capacités. Petit tour d’horizon par produit.

Les conserves et semi-conserves: un problème d’approvisionnement

Les conserves (29% des exportations des produits de la pêche) et semi-conserves de poissons (8%) représentent le 2e poste d’exportation des produits de la pêche après les poissons congelés. Ce marché connaît une croissance soutenue et quasi continue depuis 2008 avec un taux moyen annuel de 5,5%.

Les plus gros marchés sont l’Afrique (41% des ventes), l’UE (28% des ventes), puis le marché local (15% des ventes). C’est la sardine (85% des exportations de conserves), puis le maquereau (13% des exportations de conserves) qui sont le plus vendus, car le Maroc présente une ressource abondante dans ce qu’on appelle dans le jargon les petits pélagiques.

Chaque pays a en fait ses préférences, et les conserves marocaines répondent à cette diversification de la demande. Par exemple, les Allemands sont friands des sardines sans arrêtes, quand la France et l’Angleterre les préfèrent entières. Sur le marché africain, on apprécie les boulettes de sardines en sauce. Les semi-conserves sont principalement destinées au marché européen.

Aujourd’hui, la filière de la conserverie transforme 401.000 tonnes de poissons. Selon les estimations du plan Halieutis, les capacités potentielles de la filière sont doubles et l’objectif est de s’acheminer vers 800.000 tonnes de poissons traités à l’horizon 2020. Les capacités de traitement des conserveries devraient également passer de 50% en 2009 à 80% d’ici 2020 selon le programme Halieutis, libérant ainsi des opportunités de création d’emplois dans cette filière qui fait déjà travailler 23.000 salariés directs et 50.000 indirects.

Le problème que rencontrent les conserveurs est l’insuffisance de ressources usinables. La sardine et le maquereau sont pourtant abondants dans les eaux de l’Atlantique. Mais la pêche côtière ne répond pas suffisamment aux exigences de qualité des conserveurs.

Les mareyeurs préfèrent pêcher en grande quantité, au détriment de la préservation de la matière première, et vendre la chaire de poissons abîmée aux industries de farines et huiles de poissons.

C’est pourquoi Dr Mohammed Hommani, conseiller scientifique de l’Unicop (Union nationale des industries de la conserve de poissons), plaide pour une intégration partielle de la filière de la pêche aux industries de conserve et une adaptation des techniques de pêche. Certains conserveurs comme King Pelagique Group intègrent déjà les activités de mareyage, mais les conserveurs rencontrent des résistances parmi les pêcheurs côtiers qui s’inquiètent d’une perte de débouchés.

L’anchois en revanche est en pénurie. Dans les eaux marocaines, la pêche a en effet été désastreuse l’année passée, les quantités péchées entre mars et août ont été réduites des deux tiers par rapport à une année habituelle.

Les conserveries marocaines ont donc de plus en plus recours à l’importation en provenance de Turquie ou d’Amérique latine. Ces importations pénalisent les conserveurs marocains qui doivent payer une taxe importante d’exportation vers l’UE liée à la règle d’origine. La Fenip (Fédération nationale des industries de transformation et de valorisation des produits de la pêche) plaide donc auprès de l’UE pour une dérogation de la règle d’origine pour les pays de la région Euromed qui rencontrent une pénurie de ressources.

Farines de poissons: monter en gamme en visant l’aquaculture

Le secteur des farines et huiles de poissons était jusqu’à récemment la première destination du poisson débarqué. Si les exportations ont triplés en valeur en une dizaine d’années, sa part dans les exportations des produits de la pêche a diminué, aujourd’hui à 13% de celles-ci.

Cette filière est aujourd’hui peu valorisée. L’employabilité est médiocre (1.000 tonnes de matière première par emploi), les procédés de fabrication sont vétustes, les produits de qualité moyenne. La matière première est donc sous-valorisée, alors que d’autres filières à plus haute valeur ajoutée (comme la conserve) sont en déficit structurel de matière première.

La Fenip prône une montée en gamme de l’industrie de la farine et huile de poissons pour des produits finis de grande qualité. L’un des marchés à conquérir est celui de la farine destinée à l’aquaculture. Le plan Halieutis table sur une production aquacole de 200.000 tonnes d’ici 2020 (aujourd’hui à moins de 500 tonnes). Or les farines alimentaires sont aujourd’hui exportées et coûtent très chères. Il y a ici une véritable opportunité à localiser la production.

Diversifier la gamme des produits : les plats préparés

Les poissons congelés représentent aujourd’hui 41% des exportations des produits de la pêche, soit 6,7 MMDH en valeur. La Russie est un des gros clients qui les destinent à la transformation, notamment en plats préparés.

Ce marché offre une quarantaine de produits différents de la pêche, quand les producteurs marocains se limitent essentiellement à la conserve et aux farines. Il y a ici une véritable opportunité de diversifier la transformation et viser notamment ce débouché des produits préparés.

La Marinière, une marque du groupe King Pelagique Group, s’y essaye et devrait présenter dans deux mois un produit inédit sur les étales marocaines : le nugget de sardines et maquereaux. Basé sur une ressource abondante, peu chère et protéinée, les concepteurs du produit s’attendent à ce que ce produit devienne la coqueluche de leur gamme de produits.

Pour la Fenip, il est important que ces industries investissent ces marchés qui s’exportent à très bon prix. Encore faut-il que celles-ci aient également des garanties de débouché local. Les Marocains ne sont en effet pas de grands mangeurs de poissons. La consommation annuelle de poisson est de 12 kg par an, alors que celle de l’Espagnol est de 40 kg par an et celle du Japonais de 96 kg par an. En moyenne, les Terriens mangent 30 kg de poissons par an. Le nugget de poisson n’est pas en passe de supplanter le sandwich de thon en conserve !

Des écailles de poisson au collagène

La valorisation des produits de la mer passe également par celle de ses co-produits : les écailles et l’huile de poisson notamment. Des déchets de poissons peuvent être extraits de la chitine et du collagène, des composants mis ensuite en valeur dans l’industrie pharmaceutique et cosmétique notamment. La transformation des déchets a en plus pour vertu de réduire leur charge polluante. L’Institut national de recherche halieutique mène actuellement une recherche sur les procédés de déminéralisation permettant cette extraction.

Les travaux de l’institut s’intéressent également à la dérivation des omégas 3 de l’huile de poissons et à la transformation des huiles de cuisson des conserveries en biodiesel. Dans le poisson, rien ne se perd, tout se transforme !

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Ariane Salem
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