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Le Mouvement du 20 février fait son autocritique

Le Mouvement du 20 février vient de célébrer son quatrième anniversaire. L'occasion pour les militants de faire leur autocritique.

Le Mouvement du 20 février fait son autocritique

Le 20 février 2015 à 16h47

Modifié 20 février 2015 à 16h47

Le Mouvement du 20 février vient de célébrer son quatrième anniversaire. L'occasion pour les militants de faire leur autocritique.

Médias 24 a posé la question à quelques membres et sympathisants : "Et si c'était à refaire?"

Le Mouvement du 20 février est né au Maroc, en 2011, dans le sillage de ce qu'on a appelé printemps arabe. Dans la foulée, le mouvement a réussi à regrouper des milliers de personnes, aux sensibilités différentes voire opposées, autour d'un ensemble de revendication dont les bords n'étaient pas clairement délimités.

Cette spontanéité qui a fait la force du mouvement à ses débuts. "Les revendications allaient de la nécessité d'un changement au niveau politique par l'élaboration d'une nouvelle constitution et l'instauration d'un monarchie parlementaire, à des revendications d'ordre social, relatives notamment à la hausse du SMIG ou à l'accès gratuit aux services publics. D'autres manifestants sont sortis pour réclamer davantage de libertés", témoigne Salma Abid, membre du mouvement, dans une déclaration à Médias 24.

Cette dispersion dans les revendications a fini par conduire le mouvement vers sa désintégration.

Selon Rachid El Belghiti, journaliste et ancien membre du mouvement: "Si j'avais la possibilité de revenir en arrière, je me serais battu pour définir avec précision la nature du système politique souhaité, question d'éviter les incompréhensions et les amalgames, et d'éviter également toutes les interprétations que les différentes sensibilités politiques en ont fait."

A ce propos, Zineb Belmkaddem, membre du 20 février ajoute qu'"il y a eu des erreurs, notamment dans l'approche inclusive du mouvement, et dans la manière horizontale de le gérer. Je pense que l'absence de leadership à affaibli le mouvement d'une part, mais l'a aussi renforcé d'un autre point de vue." Et d'ajouter: "ce mouvement a offert la possibilité à des pôles complètement opposés comme Al Adl Wal Ihsan et l'extrême gauche une plateforme d'expression commune. Au début, l'appui populaire dans les grandes villes pendant les premières manifestations inondait ces groupements. Mais dès lors que les répressions des manifestations ont commencé, le mouvement s'est restreint aux activistes qui ont, souvent, des opinions moins modérées que la majorité."

A partir de ce moment là, le Mouvement du 20 février a sombré dans une forme de marginalité, prenant de haut le reste de la population qui ont, dès lors, déserté la rue.

"Le mouvement a fait l'erreur d'une certaine arrogance envers le Marocain simple et modéré" estime Zineb Belmkaddem. "Il aurait fallu parler davantage aux gens, non pas simplement les appeler à se joindre au mouvement, qui aurait du mener une campagne plus élaborée qu'un document publié sur Facebook expliquant les revendications du mouvement."

D'autres raisons expliquent le désintérêt public de la cause du mouvement. Naima El Guellaf, avocate et membre du mouvement, estime pour sa part que "la rapidité avec laquelle le système a répondu aux revendications du mouvement, jumelée aux expériences chaotiques des autres pays concernées par le printemps démocratique, ont accéléré l'essoufflement de la contestation au Maroc." 

Des erreurs stratégiques, il y en a eu. Rachid El Belghiti estime que le mouvement a occulté l'importance de la "géographie de la contestation": "je pense que les jeunes du 20 février auraient du choisir un lieu particulier chargé d'une forte valeur symbolique, et qui serait, à la fois, un espace de création et de contestation, loin des formes traditionnelles de manifestation, à savoir les sit-in ou les marches." Un avis partagé par Naima El Guellaf : "l'une des erreurs commises par le mouvement était d'essayer d'attirer les manifestant, à chaque fois, vers un nouveau quartier populaire à la périphérie des grands axes." 

En plus des erreurs, le mouvement n'a pas su exploiter certains champs. Pour Ahmed Benseddik, il aurait fallu pour le mouvement du 20 février "unifier les slogans des revendications, associer la sphère intellectuelle dès la naissance du mouvement, éviter la multiplicité des leaderships, élaborer une stratégie unifiée de communication vers les médias internationaux avec des porte-paroles identifiés, et finalement, mieux exploiter les révélations sur la grande corruption."  

Pour expliquer la désintégration du mouvement, il est nécessaire de revenir à ses origines. Naima El Guellaf estime que "le mouvement est une extension des expériences des organisations de défense des libertés et des militants des partis de gauche qui n'ont jamais fait partie du gouvernement."

Un avis que partage le chercheur et professeur en sociologie à Sciences Po Rabat, Mehdi Alioua: "pour comprendre le mouvement du 20 février, il faut absolument abandonner les grands modèles explicatifs et revenir sur les transformations contemporaines du politique, comme la montée en puissance de la société civile et des ONG, les mobilisations transnationales (dû aux migrations essentiellement), les évolutions du rôle de l’Etat etc. La difficulté, c’est que le Maroc n’est pas encore passé par une phase d’Etat-providence produisant une démocratie apaisée qu’ont connue tous les autres Etats-nations démocratiques." Et d'ajouter: "il reste beaucoup de chemin à faire, car si nous sommes plus politisés qu’hier, les lourdeurs technocratiques, les privilèges et les rentes, les freins institutionnels, les mauvaises pratiques, nous empêchent de véritablement basculer dans un processus de démocratisation irrémédiable... Le Mouvement du 20 février, s’il a ramené la politique au centre du jeu (et pour cela nous devons lui en être infiniment reconnaissant) n’a pas réussi à constituer un véritable contre-pouvoir."

Un constat plus contrasté, celui que dresse Zineb Belmkaddem: "le makhzen a non seulement chassé la force réformatrice, mais il y a aussi ajouté des verrous. Pire, il s'est approprié les avancées qui ont vu le jour grâce aux pressions du mouvement."

Quatre ans après sa naissance, il serait faux d'affirmer que le Mouvement du 20 février s'est complètement éteint. En effet, les conditions sociales, la "Hogra" et les inégalités sont autant d'ingrédients qui ont donné et redonneront peut être vie au mouvement.

Mais une chose est sûre, le 20 février a permis de réconcilier les jeunes avec la politique et la gestion de la chose publique.

A ce propos, Mehdi Alioua se montre optimiste et confiant: "peut-être que c'est ce changement politique en douceur menant à la citoyenneté, et étant inscrit dans l’esprit de toutes et tous, qui constitue des millions de mini contre pouvoirs au quotidien? Peut-être que la véritable révolution est invisible: celle du pouvoir d’indignation."


 

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