Maroc. La fracture villes-campagnes mise à nu
Santé, eau potable, scolarisation, la campagne affiche un retard considérable dans le 1er rapport marocain de développement humain.
L’enquête panel des ménages 2012 élaborée par l’ONDH (Observatoire National du Développement Humain) livre des indications socio-économiques riches d’enseignement en matière de politique de développement.
Elle lève le voile sur les causes profondes des retards de développement en matière d’éducation, de santé et de conditions de vie. Elle va ainsi plus loin que celle menée par le Haut Commissariat au Plan en 2012 pour évaluer l’atteinte des Objectifs Millénaires du Développement.
C’est également la première vague d’une enquête longitudinale qui suivra donc chaque année les mêmes unités de ménage.
Première enquête de panel de ménages au Maroc, cette base de données permettra de comprendre les dynamiques de développement du pays.
>Education: déperdition et disparités
Déjà révélé par le HCP, on observe un décrochage conséquent des taux de scolarisation entre le primaire et le collège, une déperdition qui s’accentue entre le collège et le lycée.
Si le taux de scolarisation au primaire est satisfaisant (94,5%), il décroît au collège à 79,9% et chute brusquement au lycée, où seuls 48,5% des jeunes de 15-17 ans sont scolarisés.
La disparité entre le monde urbain et rural est inquiétante, puisque le taux de scolarisation en milieu urbain est de 70% contre 16% en milieu rural.
Ce rapport va au-delà du constat brut et livre des éclairages sur les raisons de ces disparités.
Les enfants d’âge scolaire (6-17 ans) ont également été interrogés sur les raisons de l’abandon scolaire. La principale raison évoquée est que l’enfant n’aime pas l’école (31,9% des réponses). Elle est suivie de l’éloignement de l’école (13,6%). Cette raison est plus souvent évoquée par les enfants du milieu rural (18,2%) que par ceux du milieu urbain (3,8%).
La proportion de ceux qui déclarent qu’ils ont quitté l’école parce qu’ils n’aiment pas l’école ou à cause de l’échec aux examens est nettement plus élevée parmi les garçons que parmi les filles, que ce soit dans les villes ou dans les campagnes.
Cette raison invoquée peut révéler plusieurs choses: un manque de transmission de l’importance de l’éducation ou une certaine fierté des enfants qui préfèrent expliquer l’abandon scolaire par un choix que par une nécessité économique. Une sorte de snobisme.
En revanche, l’éloignement de l’école est relativement plus évoqué par les filles que par les garçons, pouvant révéler que les conditions de sécurité le long du trajet sont plus prohibitives chez les filles que chez les garçons.
De même, le refus d’envoyer l’enfant à l’école par un membre de la famille est nettement plus dirigé vers les filles (18,3%) que vers les garçons (4,4%). Ce constat est valable tant en milieu urbain que rural, mais davantage en milieu rural.
Enfin, l’enquête révèle des enseignements inédits sur la part des ménages avec un enfant ou plus en âge de scolarité et où au moins un enfant ne l’est pas. Les résultats de l’enquête indiquent que 9,5% des ménages ayant des enfants de 6 à 15 ans, au moment de l’enquête, ont au moins un enfant qui a quitté l’enseignement.
Cette proportion est de 18% en milieu rural et 4,3% en milieu urbain. La proportion des ménages ayant 2 enfants ou plus déscolarisés demeure marginale: 0,7% à l’échelle nationale, 0,5% en milieu urbain contre 1,1% en milieu rural. Ces chiffres appuient l’hypothèse que dans les familles ayant deux enfants ou plus, le choix est fait de ne scolariser qu’une partie des enfants.
>L’accès inégal à la santé: insuffisance de la couverture médicale et incapacité à supporter les coûts de santé
La deuxième dimension de développement humain couverte par l’enquête est l’accès à la santé. L’enquête indique ici qu’environ une personne sur quatre n’a pas recours aux prestations médicales en cas de maladie. Cela concerne 3 personnes sur 10 dans le monde rural, et 4 personnes sur 10 parmi les ménages défavorisés.
Le principal obstacle invoqué est l’incapacité à supporter les coûts de consultation (60% des réponses), proportion nettement supérieure à celle enregistrée en 2006-2007 qui était de 50%.
L’insuffisante couverture maladie apparaît comme une cause profonde de l’inégal accès aux soins. Pratiquement, trois personnes sur quatre ne disposent pas de couverture médicale. Des écarts considérables sont enregistrés entre le milieu urbain, où le tiers de la population dispose d’une couverture, et le milieu rural, où cette proportion chute à 7%. Les disparités socio-économiques sont structurantes dans l’accès à une couverture médicale: si la moitié des personnes de la classe la plus favorisée dispose d’une assurance-maladie, seuls 7% des individus de la classe la moins favorisée en disposent.
Il ressort de l’enquête que la principale raison de non-couverture est l’inéligibilité de ces individus à un régime d’assurance-maladie (pour 70% des cas).
>Equipement des ménages: la télévision plus répandue que la salle de bain
Les résultats les plus surprenants de l’enquête concernent les conditions d’habitation et l’équipement des ménages. Si la possession de la télévision est pratiquement généralisée dans les villes comme dans les campagnes (98% contre 90%), souvent accompagnée par le récepteur satellite (90% contre 70%), la possession d’une salle de bain ne l’est pas.
Seuls 46% des ménages ruraux disposent d’une salle de bain contre 77% en milieu urbain. Pour les toilettes, 15% des ménages ruraux n’en disposent pas, alors que la desserte est universelle en milieu urbain.
En réalité, ces chiffres révèlent l’inégal accès à l’eau courante. L’enquête révèle ainsi que seuls 35% des ménages ruraux sont raccordés à l’eau potable contre 95% des ménages urbains. Par contraste, l’électrification est pratiquement généralisée, puisque 99% des ménages urbains sont raccordés à l’électricité et 90% en milieu rural.
La véritable surprise vient de l’écart significatif entre les chiffres du HCP et ceux de l’ONDH. Dans son enquête 2012, le HCP affirmait que 93% des ménages en zone rurale avaient accès à l’eau potable, une surestimation de 60 points par rapport aux chiffres de l’ONDH…
Les disparités en matière d’accès à l’eau sont un problème préoccupant d’hygiène et de santé publique. Le milieu rural est très en retard en matière d’évacuation des eaux usées. Seuls 14% des ménages ruraux sont raccordés aux égouts contre 95% des ménages urbains. Un quart des ménages ruraux déversent encore leurs eaux usées dans la nature.
De la même manière, la question de l’évacuation des ordures ménagères révèle une profonde fracture entre monde rural et monde urbain. Si la quasi-totalité des ménages urbains sont desservis par le camion ou la charrette de la commune, 15% des ménages ruraux le sont. Pour le reste, l’évacuation se fait soit dans le voisinage (57%), soit dans un lieu éloigné (25%).
Ci-dessous, feuilletez les résultats préliminaires en cliquant sur les slides.
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