Qui autorise (ou interdit) les films au Maroc?
ECLAIRAGE. Après les mésaventures d’Exodus, voici comment fonctionne la commission qui autorise les films.
Dès qu’on touche à la religion, le monde arabo-musulman a la censure facile. Le Maroc, qui se veut pourtant une «exception», ne déroge pas à la règle ; en témoigne la récente interdiction du film « Exodus: Gods And Kings », fresque biblique de Ridley Scott qui retrace la fuite hors d'Egypte de Moïse.
Malgré son visa d’exploitation, la superproduction américaine a été bannie des salles de cinéma, suite à une décision de dernière minute prise par «la commission de visionnage des films cinématographiques ». Une interdiction qui fait grincer des dents et relance le débat sur la liberté d'expression artistique au Maroc.
Pourtant, il n'y avait pas eu d'interdiction officielle. Ce péplum biblique avait en effet obtenu un visa d'exploitation, les affiches étaient placardées, mais les exploitants ont reçu dès mercredi des instructions orales du Centre marocain du cinéma (CCM), qui n’a pas communiqué sur les raisons de cette interdiction.
Face au tollé soulevé par cette décision, le CCM a fini par expliquer les raisons de cette interdiction dans une note laconique adressée aux exploitants de salles. On y apprend que «la commission de visionnage des films cinématographiques a décidé de ne pas vous accorder un visa d’exploitation du film d’Exodus car il personnifie Dieu en un enfant dans une scène où il communique la révélation à Moise».
Une commission constituée de 5 membres
Il s’agit donc d’une décision de la commission de visionnage des films cinématographiques. Quel est le rôle de cette commission? Quel est son champ d’action? Quels sont ses membres?
Selon le texte réglementant la cinématographie au Maroc (Loi n° 20-99 relative à l'organisation de l'industrie cinématographique), «toute exploitation commerciale d’un film cinématographique sur le territoire national ainsi que du matériel publicitaire y afférent est subordonnée à l’obtention d’un visa délivré par le directeur du Centre Cinématographique Marocain sur décision d’une commission dite commission de visionnage des films cinématographiques qui siège audit centre».
Cette commission, qui est présidée par le directeur CCM ou son représentant, est composée d’un délégué du ministère de la Communication, d’un cadre nommé par le ministère de la Culture, d’un représentant de la chambre des distributeurs de films et d’un représentant des exploitants de salles de cinéma. Il s’agit en l’occurrence de Khalid Amraoui, Jamal Hicham, Adil Mehdi, Badria Soud Elhassani et de M. Mouline.
Selon le texte, «la commission veille au refus de visa ou à la coupure dans le contenu des films cinématographiques qui présentent des scènes contraires aux bonnes mœurs ou préjudiciables aux jeunes, ou à l’interdiction aux mineurs de moins de seize ans d’assister à la projection de certains films».
Dans le cas d’Exodus, «la commission a estimé que le sujet abordé par le film pouvait heurter la sensibilité des Marocains et susciter des réactions passionnelles (…)», nous confie une source au sein de la commission, qui assure ne pas avoir subi de pression pour interdire le film de Ridley Scott.
Un champ d’action large
On notera que le champ d’action de la commission ne se limite pas aux films projetés en salles. En septembre 2003, le principe d'un visionnage par la commission des films programmés dans les instituts culturels avait été adopté. Depuis, les centres culturels sont tenus de présenter à la commission de visionnage du CCM les films qu'ils souhaitent présenter au public, afin d'obtenir un visa d'exploitation. Enfin, la commission visionne tous les films projetés dans les festivals de cinéma marocains et peut choisir d’interdire ou non la projection d’un film dans une manifestation culturelle.
Au moment où le Maroc se positionne comme une terre d’accueil pour le tournage de productions cinématographiques étrangères et abrite de plus en plus de festivals dédiés au 7e art, l’interdiction d’Exodus remet en question la modernité affichée du Maroc et met en lumière les paradoxes de la société marocaine.
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