Haschich : un pont aérien reliait le Maroc à l’Espagne
Bien que volant au plus près des flots, sans dispositif de signalisation, les Cessna ont fini par attirer l’attention des autorités qui ont démantelé un vaste réseau. 4 avions et 23 véhicules ont été saisis, et 16 personnes arrêtées.
La Guardia civil espagnole a démantelé un réseau hispano-marocain de trafic de haschich qui utilisait des avions de tourisme de type Cessna pour transporter la drogue des environs de Tanger et de Larache vers le sud de l’Andalousie, près de Cadix, à une trentaine de kilomètres du cap Spartel.
Menée en collaboration avec la Gendarmerie royale, « l’opération Aterriza a été déclenchée le 14 juin » selon la Guardia civil. « Dans la soirée du 13 juin, pendant que l’équipe d’Espagne affrontait celle des Pays-Bas au Brésil » note un journaliste de Jerez, la Guardia civil des aérodromes de Trébujena près de Jerez et de Medina Sidonia près de Tarifa, a repéré le départ vers le Maroc de deux avions Cessna.
L’intérêt du moment réside dans le fait que les gens aux alentours, ce soir-là, étaient concentrés sur leurs postes de télévision, insensibles au bruit des avions qui décollaient des aérodromes de Trébujena et de Médina Sidonia. Le retour de l’avion vers l’Espagne le 14 juin dans la soirée a permis de réaliser les premières arrestations et de remonter la filière.
Trois personnes ont été arrêtés et 240 kg de haschich saisis dans cette première intervention du 14 juin, qui allait mener à la réalisation de 12 perquisitions et à l’arrestation de 11 autres personnes à Cadix. Par la suite la Gendarmerie marocaine a procédé à l’arrestation de deux Espagnols qui se trouvaient près d’Asilah et qui supervisaient les livraisons de drogue et leur chargement dans les Cessna.
Plus tôt cette année, en janvier, « c’est le crash d’un Cessna espagnol près d’Asilah qui avait éveillé les soupçons des agents marocains et espagnols, les décidant à mener une enquête » indiquent des sources espagnoles.
Selon la Guardia civil, qui a diffusé un communiqué et des photos sur cette opération cette semaine, le trafic avait cours depuis plusieurs semaines. « Les avions volaient à basse altitude pour éviter les radars, la nuit ou aux premières lumières du jour, sans plan de vol et sans activer les signaux de localisation ». « Ces pilotes sont audacieux » assure la Guardia civil dans une déclaration au quotidien ABC. « Voler à basse altitude, avec une visibilité réduite et sans GPS est risqué ».
Côté marocain, les atterrissages et les décollages avaient lieu près de Had Gharbia entre Asilah et Tanger, et du côté de Larache. Ce n’est pas la première fois que des avions de tourisme servant au transport de la drogue entre le Maroc et l’Espagne s’écrasent dans la région. « Cela est même régulier depuis une petite dizaine d’années avec l’amplification des cultures de cannabis dans la province de Larache » indiquent diverses sources locales. La première grande opération policière similaire de ce genre date de 2008 : elle portait à l’époque le nom de Ladano. 12 trafiquants avaient été arrêtés et 3 avions saisis.
La particularité de l’opération Aterriza de ce mois de juillet réside dans le fait que la Guardia civil espagnole a choisi de communiquer amplement et qu’il s’agit de 4 avions, de 23 véhicules, de 7 motos, de 2 jet-ski et de 2 hors-bord saisis. Des armes de poing, 40.000 euros en espèces, 240 kg de haschich ont été saisies au total et 16 personnes dont 14 Espagnols ont été arrêtées.
L’opération Atteriza semble tout droit sortie du best-seller La Reine du sud du romancier espagnol Arturo Perez-Reverte qui raconte des réseaux s’étendant du Mexique à l’Espagne en passant par le nord du Maroc et le rocher de Gibraltar. Une série télévisée populaire en a été tirée pour les publics espagnols et latino-américains.
Outre les problèmes de trafic de drogue et de blanchiment d’argent que cette affaire pose, le fait que des avions de tourisme puissent voler pendant des semaines et des mois entre les environs de Cadix, de Jerez et le sud de Tanger sans être repérés, interpelle.
La zone du détroit de Gibraltar du côté de Tanger et la côte atlantique tangéroise et la zone du cap Spartel abrite notamment des lieux très fréquentés par des membres de la classe politique marocaine, saoudienne, émiratie, qatarie, espagnole et française.
Tanger, dans les années 1980 et 1990, a connu la mise en place de réseaux de trafics de drogue sophistiqués par voie maritime avec des bateaux de plaisance qui sortaient chargés de haschich du port de Tanger avec de faux enregistrements d’identités du bateau sur les registres portuaires. Ce trafic a duré plusieurs années.
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