Héritage et égalité hommes-femmes: que dit le Coran?
Y aura-t-il débat sur les dispositions en matière d’héritage, dans une perspective d’égalité hommes-femmes? Il est trop tôt pour le savoir. Les premières réactions aux positions de l'USFP relèvent davantage du registre insulte ou l'excommunication.
C’est l’USFP qui a pris l’initiative de demander un tel débat à travers son premier secrétaire Driss Lachgar et l’organisation des femmes ittihadies.
Le parallèle avec le débat sur la darija saute à l’esprit.
Dans ce premier débat, la proposition du colloque sur l’Education avait été accueillie avec une salve destinée aux outrecuidants, sommés de ne pas intervenir dans un domaine qui n’est pas le leur. La riposte avait consisté à délégitimer les dissidents, ceux qui ont osé proposer d’introduire massivement la darija comme langue d’enseignement.
Les réflexes identitaires et complotistes avaient été appelés à la rescousse.
Le débat sur la darija, non abouti et mal posé, a eu un grand mérite: il a signé le retour des intellectuels sur la scène publique. On en a vu de haut niveau, s’impliquer, argumenter, échanger. Notons à ce propos les contributions de Abdallah Laroui, Hassan Aourid, Ahmed Assid et Fouad Laroui.
Que va-t-il se passer sur la question de l’héritage?
Ici, on n’est plus dans l’outrecuidance, mais dans le sacrilège, si l’on en croit les premières réactions. Celles de Abdelbari Zemzemi et de Ahmed Raissouni qui ont adressé à Driss Lachgar une bordée d’insultes qui n’ont pas leur place ici. Selon le quotidien «Sahifat Ennass», Abdelbari Zemzemi est allé jusqu’à parler d’apostasie («redda»), ce qui équivaut à une condamnation à mort. Il faut signaler ici que si l’insulte ne doit plus avoir sa place dans le débat, l’excommunication (takfir) doit, elle, être pénalisée. L’insulte et l’excommunication sont les derniers recours de ceux qui n’ont pas d’arguments.
Revenons à l’essentiel : les dispositions sur l’héritage telles qu’elles sont pratiquées.
Au niveau de l’organisation des femmes ittihadies, la question a été posée en référence à :
-la constitution et ses dispositions relatives à l’égalité entre l’homme et la femme ;
-les valeurs universelles et les conventions internationales, ces dernières devant être hiérarchiquement supérieures aux lois des Etats.
Mais les tenants d’une position figée en matière de droit successoral se situent, eux, à l’intérieur des textes sacrés.
Voyons alors ce que disent les textes, et si leur interprétation est réellement univoque.
1.Pour le théologien libéral tunisien Tahar Haddad, l’Islam n’a pas fait de l’inégalité hommes-femmes en matière successorale, une règle. De nombreux cas d’égalité existent, par exemple après le décès du fils, les deux parents, père et mère, héritent de la même quote-part.
2.Ce penseur libéral et bien d’autres après lui, évoquent la progressivité de l’Islam et estiment que l’esprit de cette religion est clair et va vers l’égalité. Le contexte de l'époque de la révélation, selon eux, est marqué par des visions claniques qui prédominaient. Sans compter le fait que la situation socio économique de la femme n'est pas ce qu'elle était.
3. D’autres penseurs et/ou théologiens vont plus loin. Ils estiment que le texte sacré a fait l’objet d’une interprétation patriarcale, par des hommes, car le droit, humain par définition, est nettement postérieur à la révélation. Certains vont jusqu’à parler d’une trahison du Message et du Messager par des successeurs avides de rétablir le patriarcat et le tribalisme de l’époque et de maintenir la société dans son caractère patriarcal.
4. Les travaux du Dr. Abou Nahla Al Ajami[i] sont extrêmement intéressants. Il conclut en estimant que seul le legs testamentaire est une obligation alors que les quote-parts de répartition d’un héritage sont en recommandation.
Dans une série d’articles publiés par Oumma, il souligne que «Le Coran donne une grande importance à la wasyya [S2.V180-183 ; S2.V240 ; S4.V7-8], [ou legs testamentaire]. Il s’agit d’une obligation de legs par testament, oral ou écrit, fait de son vivant et devant témoins. Ces legs bénéficient expressément à la veuve, au père et à la mère du défunt s’ils sont encore de ce monde ainsi qu’aux enfants ou autres membres proches de la famille. Il n’est ici établi aucune distinction entre les hommes ou les femmes et la répartition des biens est libre, sans quotes-parts. Enfin, le Coran autorise à répartir selon ce principe la totalité de ses biens ».
Il s’inscrit totalement en faux contre une interprétation qui voudrait interdire le testament aux héritiers légitimes ou limiter l’objet du testament au tiers des biens. Il estime que le recours aux quote-parts est une recommandation, au cas où le défunt n’a pas laissé de testament. Mais en aucun cas une règle, ni une obligation.
Le même auteur montre comment le droit musulman, «fiqh, aura réussi à imposer prioritairement le principe pourtant secondaire de l’héritage, warth, tout en marginalisant le legs testamentaire ou wasyya pourtant obligatoire et premier. Ce faisant, ce Droit a prétendument au nom du Coran inscrit en l’islam historique le principe juridique d’iniquité : un homme vaut deux femmes ou une femme vaut la moitié d’un homme. Fiction exégétique dictée à la réalité textuelle coranique, mais qui informe encore puissamment les mentalités des musulmans ».
On le voit, la question de l’héritage mérite débat. A l’intérieur ou à l’extérieur des textes. Le Coran n’a pas forcément dit ce que les hommes lui ont fait dire. Le débat est possible.
[i] Il s’agit d’un penseur libéral dont l’identité réelle est inconnue. Ce nom est probablement un pseudonyme. Il est l’auteur de l’ouvrage : « Que dit vraiment le Coran » et de plusieurs articles publiés par le site oumma.com.
Cette étude est consultable ici, ici et ici.
Voici les versets qu'il faut lire attentivement selon l'auteur:
Le caractère obligatoire du testament:
“ Il vous a été prescrit [kutiba ‘alaykum]– lorsque se présente à l’un de vous la mort et qu’il laisse des biens – le legs testamentaire [wasyya]en faveur des père et mère et des plus proches, convenablement. Ceci est un devoir pour les gens pieux.” V180.
“ Qui l’altérera [ce testament]après l’avoir entendu, vraiment ce péché n’incombe qu’aux falsificateurs. Certes, Dieu entent et sait.” V181.
“ Et qui craint du testateur [mûsi]quelque injustice ou iniquité et les réconcilie, alors pas de péché à cela. Certes, Dieu pardonne et fait miséricorde.” V182.
“ Aux hommes une part [nasîbun]de ce qu’auront laissé père et mère et les plus proches. Aux femmes une part de qu’auront laissé père et mère et les plus proches [al aqrabûn]. De cela, peu ou beaucoup, une part déterminée [mafrûdan]. Et lorsqu’assistent au partage les proches [ûlû-l-qurbâ], les orphelins et les nécessiteux, prélevez-en pour eux et tenez leur propos convenable.” S4.V7-8.
Alors que les quote-parts sont une recommandation en cas d'absence de testament:
“ Dieu vous recommande [awsâ – yûsîkum] quant à vos enfants : pour le garçon l’équivalent de la part des deux filles. S’il n’y a que des femmes, au moins deux, alors à elles les deux tiers de ce qu’il a laissé. S’il n’y a qu’une femme, alors à elle la moitié. Quant à ses deux parents, à chacun d’entre eux le sixième de ce qu’il aura laissé s’il avait des enfants. S’il n’avait pas d’enfants et qu’héritent [waratha]de lui ses deux parents, à sa mère le tiers. Dans le cas où il avait des frères, à sa mère le sixième. Ceci après qu’aient été réglés le legs testamentaire [wasyya] qu’il avait testé ou une dette.
De vos parents ou de vos enfants, vous ne savez point ceux qui seront le plus à même de vous être utiles.
Attribution de Dieu ; certes, Dieu est Savant et Sage.” S4.V11.
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