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Violences contre les femmes, un rapport accablant

Le dernier rapport de l’observatoire «ouyoune nissaiya» fait le bilan des résultats enregistrés auprès des centres d’accueil au Maroc. Conclusion: tout reste à faire. Et la situation n’est pas près de s’améliorer. Lecture.

Violences contre les femmes, un rapport accablant
Imane Azmi
Le 13 décembre 2013 à 17h38 | Modifié 13 décembre 2013 à 17h38

Alors que les chiffres de la violence contre les femmes tombent avec une certaine fréquence, c’est toujours silence radio du côté de la primature. Le dossier confisqué par le chef du gouvernement, en vue de le réviser au sein d’une commission interministérielle, est passé à la trappe. La commission ne s’est toujours pas réunie. Et aucune visibilité à ce sujet n’est possible.

Réunies lors de la présentation du 5ème rapport annuel de l’observatoire «ouyoune nissaiya», les associations militant pour «le printemps de la dignité» partagent toutes les résultats et les recommandations de l’observatoire.

Les données ont été recueillies auprès des 11 centres d’écoute et d’accueil de l’observatoire. Ils sont situés dans les villes de Casablanca, El Jadida, Tétouan, Khmisset, Ksar El Kébir, Agadir et Beni Mellal.

Pour la seule année 2012, 5.542 femmes ont subi 44.642 violences. «Un chiffre important malgré la difficulté d’accès aux centres d’accueil», souligne le rapport de l’observatoire.

73% des victimes ont moins de 38%. Tout d’abord, 73% des cas se situent dans la tranche d’âge comprise entre 15 et 38 ans. Toutefois, les cas de violence ne concernent pas uniquement de jeunes femmes, puisque 82 cas concernent des femmes de 60 ans et plus.

Ces femmes vivent à hauteur de 76% en zone urbaine, dont 10% dans le périurbain. Et 14% d’entre elles vivent dans le monde rural.

Et la situation familiale? Il se trouve que 55% des cas enregistrées sont en ménage, dont 71% d’entre elles sont des enfants. Les mères célibataires représentent 28%. Les célibataires sont de l’ordre de 6%, 9% pour les divorcées et 2% les veuves.

Niveau d’instruction. 31% des femmes touchées par les violences sont analphabètes, celles ayant suivi les cours primaire sont 27%. 14% sont passées par le collège. Et 5% ont suivi des études universitaires.

Activités économiques. Les femmes au foyer enregistrent un taux de 43% des cas. 14% sont au chômage. «Cette catégorie de femmes n’ont aucunes perspectives, ni revenus», souligne le rapport de l’observatoire.

Conséquences d’un cadre juridique inefficace. «Rien n’existe pour contrer les violences subies par les femmes. Et les lois qui existent sont inefficaces», précise le même document.

Les cas échappant à la justice. Il s’agit des situations où les violences sont d’ordre psychologiques et cela concerne 47% de l’ensemble des violences sur les 21.214 cas enregistrés.

Les violences verbales à travers les insultes portent sur 2.948 cas. Les menaces sont de toutes sortes, elles prennent la forme de violence physique, d’enlèvement de la garde des enfants, de polygamie, du refus de reconnaissance de paternité.

La non-incrimination du viol conjugal. Le rapport avance un chiffre effarant, sur les 1.349 cas de viol 413 d’entre eux sont des viols conjugaux.

L’absence de poursuites pour l’harcèlement sexuel. L’observatoire annonce 63 cas enregistrés.

Absence également de répression en cas d’expulsion de la femme du domicile conjugal. C’est le cas de 1.337 femmes, qui une fois de retour chez elles, subissent encore une fois de la maltraitance, car elles ne bénéficient d’aucune protection.

La spoliation des biens de l’épouse. Une action qui n’est pas punissable. C’est le cas pour 213 femmes. 159 d’entre elles se voient dépouillées de leurs papiers administratifs. 16 cas concernent le détournement de salaire et des revenus.

Les cas de mariages des mineures. Dix-sept dossiers sont enregistrés, des situations autorisées par l’article 20 de la moudouwana. Et «qui dégénèrent en viols conjugaux», écrit le document de l’observatoire.

La polygamie. 33 cas de femmes qui n’ont pas été avertis même si légalement telle est la procédure.

Autre chiffres encore plus éloquents: 6 cas de meurtres et 198 femmes ont pensé au suicide.

Face à ces constats, l'observatoire Ouyoune Nissaiya a élaboré un certain nombre de recommandations:

- considérer les violences contre les femmes comme une question d'ordre public, qui incite à mettre en place une politique publique basée sur une approche de droit, globale et transversale ;  

- réviser les lois discriminatoires de manière radicale et globale et assurer leur harmonisation avec la convention de lutte contre toutes les formes de discrimination contre les femmes ;

- réviser le code pénal pour une refonte globale qui prohibe les discriminations, assure la protection des femmes contre les violences de genre et garantit l’égalité et le respect des libertés individuelles des femmes;

- instaurer une loi globale de lutte contre les violences à l’égard des femmes, qui respecte les normes internationales, et considère  les propositions des associations féministes de la coalition «Printemps de la Dignité» ;

- activer la mise en place de l'autorité de la parité et la non discrimination (l’APALD) et assurer les conditions nécessaires de sa mise en œuvre ;

- consacrer un budget gouvernemental spécifique pour les programmes de lutte contre les violences basées sur le genre ;

- créer de tribunaux spécialisés dans les violences contre les femmes ;

- institutionnaliser et généraliser les cellules d'accueil des femmes victimes de violences dans tous les tribunaux, les commissariats et gendarmeries, les hôpitaux et les centres de santé ;

- renforcer les capacités des intervenants et intervenantes dans les cellules d'accueil des femmes victimes de violences dans les institutions publiques ;

- assurer les conditions matérielles, humaines, et logistiques, nécessaires à l'activation des mécanismes institutionnels locaux et régionaux de lutte contre les violences ;

- mettre en place des centres d hébergement par le gouvernement au profit des femmes victimes de violences ;

- assurer aux femmes victimes de violence  la gratuité des  soins relatifs à la santé physique mentale et psychique  et mettre à leur disposition des certificats médicaux légaux ;

- assurer l'assistance judiciaire aux femmes victimes de violences ;

- dispenser les femmes victimes de violences des frais relatifs aux procédures juridiques entamées pour faire face à la violence de genre, et généraliser les bonnes expériences de certains tribunaux ;

- faciliter l’accès à la preuve de paternité au profit des mères célibataires en assurant la gratuité de recourir à  l'analyse de l'ADN ;

- faciliter l'accès des femmes aux services et aux institutions publiques concernées par la lutte contre les violences en diffusant l’information et en assurant l’orientation  nécessaires ;

- renforcer les centres d'écoute pour les femmes victimes de violences  crées et gérés par les associations féministes ;

- assurer la protection des activistes de la société civile, et reconnaitre le statut juridique des écoutantes et assistantes sociales en tant que professionnelles du travail social ;

- impliquer d’une manière participative les associations actives dans le domaine de lutte contre les violences de genre dans l’élaboration, le suivi, et l'évaluation des politiques de lutte contre les violences ;

- diffuser la culture de l'égalité et de la lutte contre les violences de genre à travers les médias et à travers les programmes de l'Education et de l'Enseignement.

 

 

 


 

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Imane Azmi
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