Tajeddine Bennis, un pro de l’auto à Tanger

De la médina de Fès, où il a grandi, à Tanger, où il dirige le site de l’équipementier Snop, Tajeddine Bennis a un parcours professionnel bien rempli. Au Maroc comme à l’étranger, il n’a jamais vraiment quitté le monde de l’industrie automobile.  

Tajeddine Bennis, un pro de l’auto à Tanger

Le 12 décembre 2013 à 16h10

Modifié 12 décembre 2013 à 16h10

De la médina de Fès, où il a grandi, à Tanger, où il dirige le site de l’équipementier Snop, Tajeddine Bennis a un parcours professionnel bien rempli. Au Maroc comme à l’étranger, il n’a jamais vraiment quitté le monde de l’industrie automobile.  

A priori, rien ne destinait ce fils de la profonde médina de Fès, si traditionnelle et si authentique à forcément, un jour, faire une école d’ingénieurs, puis ensuite gagner ses galons et gravir un à un les échelons d’une carrière industrielle exigeante.

Tajeddine, « la couronne de la religion, » a grandi à Fès dans le quartier de Mekhfia  où son père est couturier traditionnel. « Il fabriquait des pantalons, des kamis » précise Tajeddine Bennis dont le léger accent lorsqu’il parle arabe ou français, indique d’où il vient.

De la médina de Fès à Boulogne-Billancourt

Après un bac mathématiques bien sûr au lycée Moulay Driss de Fès, Tajeddine prend la direction Toulouse et de Nancy pour l’école des Mines. « Tout comme la plupart de mes camarades de la médina et du lycée Moulay Driss, assure-t-il, notre objectif était d’étudier et de pouvoir ensuite aller suivre les traces de nos sœurs et frères ainés ».

Tajeddine se remémore avec affection les soirées passées dans les ruelles de la médina, pas à forcément jouer au foot ou à faire quelques bonnes bêtises de son âge, mais « à discuter sciences, philosophie et astronomie ».

« Quand je raconte cela à mes enfants, ils pensent que nous étions une bande de jeunes désœuvrés à l’affut de quelques mauvais tours à faire ; non, c’était pour discuter et échanger car les ruelles de la médina étaient les extensions de nos maisons, notre chez nous ».

C’est dans la médina et auprès de son père dès l’adolescence que Tajeddine fera d’ailleurs ses premières armes dans la vraie vie. « A 10 ans, je passais une partie de mes vacances scolaires dans l’atelier de mon père. A 14 ans j’emmenais la recette du jour à la banque et à 15 ans j’ai pris l’autocar et fait ma première livraison à Marrakech » indique-t-il.

Après avoir obtenu son diplôme d’ingénieur civil des Mines de Nancy en 1990, Tajeddine Bennis rejoint Renault pour son stage de fin d’études et y restera… 19 ans.

Tajeddine passe ses premières années à Boulogne Billancourt, près de Paris, puis à Cléon près de Rouen à l’ouest de la capitale française, exercera les fonctions d’assistant de chef de projet puis de chef d’atelier fabrication avant de prendre de nouveau la direction des achats à Boulogne-Billancourt.

Après 10 ans en France, direction le Portugal et l’usine Cacia, près de Porto, où il restera 4 ans avant qu’on ne lui demande de rejoindre Casablanca en janvier 2004 dans le cadre du démarrage du projet Logan à la Somaca.

Pour la Logan, il rentre au Maroc

Pendant 5 ans, de 2004 à 2009, Tajeddine Bennis sera le chef de projet ingénierie puis directeur Ingénierie de Somaca avec 2 missions principales : développer l’intégration locale au sein des équipementiers marocains et démarrer projet Logan.

Il se souvient avec émotion du premier bateau chargé avec les Logan fabriquées à Somaca et destinées à l’export pour l’Europe en 2007.

Autant le rôle de M. Bennis a été décisif dans la conduite des programmes de la voiture économique de Renault au Maroc, autant il l’est de nouveau à partir de 2009 lorsqu’il rejoint TMSA pour le lancement de Tanger Automotive City.

Sa mission : développer l’industrie automobile au sein des zones franches d’activités industrielles de TMSA mais aussi accompagner Renault dans son installation dans la zone franche TMSA de Melloussa. Il assure alors l’interface avec les différentes entités de TMSA et diverses administrations marocaines.

La Snop Tanger exporte en Inde, en Russie et au Brésil

En 2011, nouveau changement : Tajeddine Bennis rejoint le groupe FSD qui venait de décrocher un contrat de fourniture de pièces et de sous-ensembles d’emboutissage pour le site de Renault Tanger.

Il a donc la mission de suivre l’achèvement des travaux de construction et le démarrage du site Snop de Tanger. Ce fût un challenge important dans la mesure où il s’agissait d’un nouveau métier au Maroc.

La stratégie adoptée était de s’appuyer sur des jeunes issus de l’OFPPT et de l’université Abdelmalek Essadi avec l’appui d’un groupe d’experts dépêchés par les différentes usines du groupe. Ainsi, les premières pièces fabriquées à Snop Tanger ont été livrées à Renault le 10 juin 2011.

Résultat : après une première année 2012 et un chiffre d’affaires de 3 millions d’euros, celui-ci grimpe à 30 millions en 2013 avec un objectif de 50 millions en 2014 et 350 personnes. Ce n’est pas fini puisque Snop dispose de foncier industriel pour la construction d’une future extension qui lui permettra d’atteindre, voire dépasser un jour, plus de 100 millions d’euros de chiffre d’affaires annuel.

En 2013, la Snop, outre qu’elle profite de la montée en puissance de l’usine Renault Tanger, démarre ses premières exportations vers les sites de fabrication de Renault au Brésil, en Colombie, en Argentine, en Espagne, en Russie et en Inde pour les véhicules Logan, Sandero et Captur.

La consécration pour Snop viendra également cette année,  en février 2013, lorsque Michel Pinaire, président du conseil de surveillance fût décoré et reçu par le Roi lors des Assises de l’Industrie tenues à Tanger.

Avec ses expériences à TMSA et  son rapport à l’industrie automobile, sa pratique managériale au sein de Snop et le lancement du projet Logan à la Somaca à partir de 2004, Tajeddine Bennis est élu au conseil d’Administration de l’Association marocaine de l’industrie et de la  construction automobile Amica en 2012 en tant que vice-président.

Il va ainsi participer à la mutation de cette association pour relever les défis majeurs nécessaires à l’ancrage et au développement de cette industrie dans le Royaume. Ainsi, quatre commissions seront été lancées au sein de l’Amica à savoir : développement des compétences ; développement du tissu de sous-traitance ; optimisation des coûts et des délais logistiques et développement des financements.

Tanger voit ainsi l’ouverture officielle, dans quelques semaines, du bureau de l’Amica ainsi que la première édition en avril 2014 du premier salon de sous-traitance de l’industrie automobile à la Zone franche TFZ avec la participation de plus de 150 sous-traitants nationaux et européens.

Tangérois d’adoption, il livre son regard sur la ville

Paris, Rouen, Casablanca, Tanger. Où Tajeddine a-t-il aimé vivre et que pense-t-il de sa nouvelle vie à Tanger ? « Au bout de quelques mois à Tanger, il est vraiment difficile de songer habiter ailleurs. Hormis les beaux paysages ainsi que le bleu très particulier de son ciel. Le niveau de propreté de la ville ainsi que la gentillesse et la finesse des Tangérois sont vraiment appréciables. »

« Mais si j’ai un grand reproche à formuler, souligne-t-il visiblement déçu par la tournure que prennent les choses sur le plan de l’environnement, c’est qu’il faut mettre des limites à ce que les promoteurs peuvent faire et ne pas faire : construire des centres commerciaux en ville par exemple, édifier des rangées d’immeubles aussi laids les uns que les autres à la périphérie de la ville. Il faut agir avant qu’il ne soit tard ».  Mais Tajeddine Bennis, nouveau Tangérois, sait-il qu’en général, le bétonnage a toujours gagné à Tanger, même si ce n’est pas toujours avec des méthodes loyales ?

 

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