Proche-Orient: Un échec des négociations mènera à plus de violences selon Kerry
Le secrétaire d'Etat américain John Kerry, en tournée jeudi en Jordanie, a averti Israël qu'un échec des pourparlers de paix avec les Palestiniens pourrait conduire à davantage de violences dans la région.
« L'alternative à la reprise des pourparlers est le potentiel de chaos », a dit M. Kerry dans une interview diffusée jeudi soir par la deuxième chaîne israélienne et la télévision publique palestinienne. « Est-ce qu'Israël veut une troisième Intifada? », a-t-il ajouté. La première intifada, un mouvement d'insurrection des Palestiniens contre l'occupation israélienne, a eu lieu de 1987 à 1993 et la seconde, très meurtrière, de 2000 à 2005. M. Kerry a encore appelé à « résoudre la question des colonies (...) et mettre fin à la présence perpétuelle des soldats israéliens en Cisjordanie ». « Autrement, il y aura un sentiment croissant (chez les Palestiniens, NDLR) qu'on ne peut pas parvenir à la paix avec une direction engagée à la non-violence, et on pourrait se retrouver avec une direction engagée à la violence », a-t-il prévenu.
M. Kerry se trouvait jeudi à Amman dans le cadre d'une tournée qui l'a conduit mercredi à Jérusalem et en Cisjordanie lors de laquelle il s'est efforcé de convaincre Israéliens et Palestiniens d'aller de l'avant dans les négociations qui traversent une grave crise. Lors d'une conférence de presse avec son homologue jordanien Nasser Joudeh, M. Kerry a assuré que les négociations avaient fait « des progrès importants dans quelques domaines ». Il a cependant refusé de révéler aux journalistes tout détail sur ces progrès, suite à l'engagement de toutes les parties de maintenir un black-out sur ces pourparlers. « Nous avons éclairci certains points » du processus de paix. « J'en suis satisfait », a déclaré M. Kerry à l'issue de sa rencontre avec le roi Abdallah II. « La chose la plus importante est la confiance qui vous est accordée » à l'échelle internationale, lui a dit le roi. Mais alors qu'il s'est dit « absolument » convaincu qu'un accord final sur tous les sujets difficiles pouvait être signé, M. Kerry n'a pas écarté dans le même temps la possibilité de conclure, d'abord, un accord intérimaire.
La presse israélienne avait évoqué une nouvelle approche de Washington qui pourrait présenter aux deux parties une proposition pour parvenir à un accord intérimaire, des affirmations qu'avait catégoriquement démenties M. Kerry jusqu'à présent.
Navettes entre Israéliens et Palestiniens
Cela « pourrait constituer un pas » mais « seulement si cela comprend le concept de statut final (...) Vous ne pouvez pas juste faire un accord intérimaire et prétendre régler le problème », a-t-il dit jeudi à la presse. « Si vous laissez les principaux sujets traîner, (...) de mauvaises choses arriveront dans l'intervalle qui rendront encore plus difficile l'obtention d'un statut final », a-t-il poursuivi. Après une rencontre mercredi à Bethléem, en Cisjordanie, avec le président palestinien Mahmoud Abbas, M. Kerry l'a vu de nouveau jeudi soir à Amman. Il doit aussi s'entretenir une nouvelle fois vendredi matin avec le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, après déjà deux rencontres qui ont duré au total plus de sept heures entre les deux dirigeants mercredi.
Les négociations de paix, qui ont repris fin juillet après quasiment trois ans d'interruption en raison de profonds désaccords, se déroulent dans une atmosphère de crise, notamment après la relance de la colonisation israélienne en Cisjordanie occupée et à Jérusalem-Est annexée. Un responsable palestinien avait annoncé mardi soir la suspension des discussions face à « une offensive de colonisation sans précédent ». Selon des hauts responsables israéliens, les dirigeants palestiniens et les Etats-Unis auraient consenti tacitement à une relance de la colonisation, contre la libération de prisonniers palestiniens. Ce que Washington et l'Autorité palestinienne ont démenti. Les Palestiniens réclament que les discussions se tiennent sur la base des lignes antérieures au début de l'occupation israélienne en 1967, avec des échanges de territoires équivalents. Mais Israël veut que le tracé de la barrière de séparation en Cisjordanie, qui isole 9,4% du territoire palestinien, serve de base aux discussions, selon les médias israéliens. En outre, Israël exige de maintenir une présence militaire dans la vallée du Jourdain, ce que refusent les Palestiniens.
(Avec AFP)
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