Irak: au moins 59 morts dans des violences à Bagdad
Une douzaine de bombes ont explosé mercredi matin à Bagdad et ses environs tuant plus de 50 personnes, tandis que le conducteur présumé d'une voiture piégée était lardé de coups de couteau par une foule en colère.
Le bilan de la journée de violences s'établissait en fin d'après-midi à 59 morts et près de 200 blessés, selon des sources policières et médicales.
Les attentats, notamment à la voiture piégée, ont surtout visé des quartiers à majorité chiite de Bagdad, à l'heure où de nombreux habitants se rendaient à leur travail.
Outre les voitures piégées, un kamikaze à pied a déclenché les explosifs qu'il portait sur lui près d'un marché dans le quartier de Kadhimiyah, faisant au moins trois morts et huit blessés.
Un des attentats les plus sanglants s'est produit dans le quartier chiite de Jisr al-Diyala, dans le sud-est de Bagdad, où au moins neuf personnes ont été tuées et 27 blessées.
C'est dans ce quartier, après l'explosion de la voiture piégée, qu'un homme poussant une voiture soupçonnée de contenir des explosifs a été tué par la foule, selon un policier.
L'homme, qui aurait précipitamment abandonné le véhicule en panne, a été rattrapé par la foule, lardé de coups de couteau, et son corps incendié après avoir été accroché à un poteau.
Selon des témoins, il aurait reconnu les faits et affirmé que son frère conduisait la première voiture piégée qui avait explosé.
Dans le quartier de Shaab, Marwa, une jeune femme de 18 ans, dont l'immeuble a été endommagé par une des déflagrations, accusait les politiciens de ne rien faire face aux attentats.
"Notre maison est en ruines. Et les hommes politiques passent leur temps à se battre pour obtenir des sièges, plutôt que de s'intéresser à nous", a-t-elle déclaré, en pleurs, à l'AFP.
D'autres quartiers chiites ont été visés, notamment Kadhimiyah et Sadr City.
En fin d'après-midi, une nouvelle voiture piégée a explosé dans l'ouest de Bagdad, faisant au moins trois morts et 12 blessés.
A Mahmoudiya, à une trentaine de kilomètres au sud de la capitale, un second kamikaze au volant d'une voiture piégée s'est précipité sur un poste de contrôle de police, faisant au moins trois morts et huit blessés.
Et à Madaïn, également au sud de la capitale, un engin explosif a sauté au passage d'une patrouille militaire, faisant quatre morts et trois blessés parmi les soldats.
L'Irak a renoué depuis quelques mois avec le niveau de violences connu en 2008, lorsque le pays sortait à grand peine d'une quasi-guerre civile opposant sunnites et chiites.
Depuis le début 2013, plus de 3.700 personnes ont péri dans des attentats, selon un bilan établi par l'AFP à partir de sources médicales et de sécurité.
La dernière vague de violences intervient malgré le renforcement des mesures de sécurité dans la capitale.
Aucun groupe n'a revendiqué ces attaques, mais des extrémistes sunnites liés à Al-Qaïda sont généralement tenus pour responsables d'attentats visant les chiites.
Ces attentats, estiment les spécialistes, visent à alimenter le conflit confessionnel et à déstabiliser le pays qui peine à retrouver une stabilité politique et sécuritaire, dix ans après l'invasion américaine qui a renversé Saddam Hussein.
La spirale de violences coïncide avec un mécontentement croissant de la minorité sunnite, au pouvoir sous Saddam Hussein, à l'encontre du gouvernement accusé notamment de pratiquer des arrestations arbitraires.
L'ONU et nombre de diplomates ont appelé le gouvernement du Premier ministre chiite Nouri al-Maliki à adopter des réformes pour éviter de marginaliser plus avant les sunnites, au risque de favoriser leur recrutement par les extrémistes.
Mais, en réponse aux violences, le gouvernement a intensifié une campagne contre les insurgés sunnites, procédant à de nombreuses arrestations.
La paralysie de l'appareil politique, associée à une corruption rampante et à une défaillance des services publics, ajoutent par ailleurs à l'exaspération et à la colère des Irakiens.
(Par AFP)
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