Après la Centrale laitière, Copag augmente à son tour le prix du lait
Les deux entreprises prennent la même décision à 24 heures d’intervalle. La Centrale et la coopérative de Taroudant, plus connue à travers la marque Jaouda, justifient leur choix en mettant en avant la rémunération des producteurs.
MISE A JOUR. Il faudra désormais débourser 20 centimes de plus pour un demi-litre de lait frais et près de 30 centimes de plus pour un demi-litre UHT.
« Nous devions augmenter nos prix de toutes les manières, on y pense depuis deux ans, mais on a longtemps hésité à le faire, parce que le lait est un produit sensible » nous explique My Mhamed Loultiti, président de Copag, détenteur de la marque Jaouda. « Les éleveurs se plaignent de l’augmentation du coût d’exploitation, plusieurs éleveurs ont déjà vendu leur cheptel pour se consacrer à autre chose, si nous ne faisons rien, c’est la catastrophe. On devra se tourner à l’importation ce qui coûtera extrêmement cher » ajoute Loultiti.
Cependant, le président de la coopérative, qui revendique 20% de parts de marché, assure qu’il n’y a eu aucune concertation entre les deux opérateurs. « C’était prévu il y a longtemps, notre concurrent l’a fait hier, nous aujourd’hui ».
Copag compte augmenter la paie de ses 13.000 éleveurs dans deux semaines.
La Centrale laitière, de son côté, n’a pas augmenté les prix du lait depuis 2009. Mais aujourd’hui, elle s’y trouve obligée puisque les matières premières ont augmenté à leur tour. En l’occurrence le carton pour l’emballage, le transport et les vaches importés de l’Allemagne.
Le leader du marché du lait et produits laitier a augmenté le prix également pour compenser la hausse de la paie des éleveurs. Parmi les 120.000 éleveurs avec qui travaille le producteur laitier, près de 90% sont de petits éleveurs avec une ou deux vaches seulement.
Par ailleurs, les deux tiers de ces nouvelles entrées d’argent, comme nous l’explique Meriem Alaoui, responsable communication au sein de la Centrale, seront réservés pour l’investissement dans la filière amont.
Le ministère des Affaires générales n’est pas intervenu dans cette décision. Le prix du lait n’est pas régulé par les autorités. C’est la règle de l’offre et la demande qui le régit.
Un marché à fort potentiel mais peu concurrentiel
Le marché du lait et produits laitiers a de bonnes perspectives devant lui. Les analystes prévoient un taux de croissance annuel moyen de la consommation de lait par habitant de 2% d’ici 2015.
La chaîne de la production du lait est assurée par 4 grandes entreprises qui se partagent l’essentiel du marché. Quelques petites coopératives essaient toutefois de se faire une place.
La Centrale laitière, dont le principal actionnaire est Gervais Danone, domine le marché des produits laitiers avec près de 63% des parts de marché.
L’entreprise a toujours affiché une bonne santé. Son chiffre d’affaire et son résultat net augmentent annuellement. En 2012, la société a enregistré un chiffre d’affaire consolidé de 6, 7 milliards de dirhams et un résultat net part du groupe à près de 480 millions de dirhams.
Le cours en bourse a augmenté de 149% depuis 2008. La valeur est estimée aujourd’hui en bourse à 1.569 dirhams.
Si la Centrale laitière a pour longtemps pratiquement monopolisé le marché, l’augmentation de la compétition et la hausse des coûts des matières premières a commencé à se faire ressentir. L’excédent brut d’exploitation consolidé a baissé en 2012 de 4,9% à 1,63 milliards de dirhams. Quant à la part de marché, elle est en baisse. Il y a 10 ans, la Centrale laitière détenait 70% du marché.
La Centrale enchaîne les acquisitions
La Centrale laitière multiplie les acquisitions de nouvelles entités. En 2012, le leader a acheté 49% du capital de la filiale Lait Plus auprès de la Somed, devenant ainsi l’unique actionnaire.
En novembre dernier, le producteur a racheté 20% du capital des Fromageries des Doukala, devenue filiale à 100% de Centrale laitière.
Copag-Jaouda, la coopérative de Taroudant, se veut le principal rival de la Centrale laitière. Aujourd’hui, Copag détient la deuxième part du marché estimée à 20%.
L’autre grande entreprise est Jibal avec une part de marché de 5%.
A coté de ces grandes sociétés, les autres se partagent les 12% qui restent. Des petites sociétés privées, dont Chergui qui se distingue toutefois sur certains produits, des coopératives et enfin des mini laiteries dans toutes les régions du royaume.
Le marché du lait et produits laitiers présente de grandes opportunités puisque la consommation des Marocains promet d’augmenter, mais les petits ont du mal à se trouver une place avec un géant qui a plus de 60 ans d’expérience et plus de 60% du marché.
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